Protéger le pays en s’occupant de nos vétérans

Ottawa – Le 26 mai 2014

Ce texte a été écrit par Guy Parent, l’ombudsman des vétérans, et publié dans le Hill Times, lundi le 26 mai 2014.

Pour la plupart d’entre nous, le lien entre la façon dont un pays traite ses vétérans et sa capacité de recruter des militaires et de les maintenir en poste saute aux yeux. Pas besoin d’être la tête à Papineau pour comprendre cela. Si tout le monde sait qu’on ne répond pas aux besoins des vétérans blessés ou malades, qui alors voudrait s’enrôler dans l’armée ou même y rester, quelle que soit la durée de son service? Voilà pourquoi il faut considérer les avantages offerts aux vétérans comme une question de sécurité nationale.

Les avantages offerts aux vétérans doivent faire partie intégrante de la défense de notre pays, puisqu’une nation qui est incapable de recruter des citoyens en vue du service militaire et de les maintenir en poste ne sera pas nécessairement en mesure de se défendre et de demeurer indépendante. Ce concept ne date pas d’hier. En effet, il a été reconnu dès 1601, lorsque le gouvernement britannique d’Élisabeth 1re a adopté une loi prévoyant :

[Traduction] « […] une compensation et une pension pour les soldats et les marins qui ont perdu leurs membres et qui se sont blessés en défendant Sa Majesté et l’État […] jusqu’à la fin pour qu’ils […] puissent récolter les fruits de leurs bonnes actions et que d’autres soient encouragés à poser des gestes semblables […] »[1].

La plupart d’entre nous comprennent cette logique, mais, en tant que pays, dans quelle mesure la mettons-nous en pratique?

Il y a des gens qui diront que nous faisons un bon travail, puisque, contrairement à d’autres pays, nous avons créé un ministère fédéral qui se consacre entièrement à soutenir les vétérans grâce à un éventail complet de programmes. Mais peut-on vraiment dire que le gouvernement donne la priorité aux besoins des vétérans quand les lacunes importantes décelées dans les programmes de soutien offerts aux vétérans ne sont pas comblées rapidement?

Pendant la mission en Afghanistan, nombreuses sont les fois où on a déterminé des lacunes en matière d’équipement militaire et d’entraînement et rectifié le tir sur-le-champ puisque la protection des forces et la réalisation de la mission étaient des priorités pour la Défense. Les processus d’approvisionnement relatifs aux nouveaux hélicoptères, chars, véhicules blindés et gilets de protection balistique ont été accélérés pour veiller à ce que nos troupes soient équipées et protégées convenablement. Pourtant, il y a beaucoup de lacunes dans les programmes de soutien des vétérans qui sont connues depuis des années et qui attendent toujours d’être corrigées.

Le coût est souvent mentionné comme étant un facteur. Replaçons donc les dépenses liées aux programmes de soutien des vétérans dans leur contexte. Le budget d’Anciens Combattants Canada représente environ un pour cent des dépenses du gouvernement fédéral, et ce, depuis les deux dernières décennies. Si rien ne change, il tombera sous la barre de un pour cent à un moment donné. La mission en Afghanistan était une priorité en matière de sécurité nationale pour le Canada, et, malgré le déficit fédéral, on a trouvé des fonds pour accomplir la mission. Pourquoi ne pas appliquer la même logique aux besoins des vétérans?

Nous savons que toute mission comporte un coût humain, et tout le monde savait que la mission en Afghanistan serait de haute intensité et qu’il y aurait des pertes. Cent cinquante-huit militaires sont morts et plus de 6 100 autres se sont blessés ou sont devenus malades en raison de leur service.

Quand le gouvernement fédéral a affecté des fonds à la mission en Afghanistan, a-t-il donc pris en compte le coût global du cycle de vie de la mission, y compris l’impact sur les besoins des vétérans en matière de soins? L’affectation des fonds requis pour la réadaptation et la transition à la vie civile des blessés éventuels de la mission aurait été non seulement un bon investissement dans les vétérans, mais aussi un investissement qui aurait profité au Canada à long terme.

Nous savions d’entrée de jeu que la mission comporterait un coût humain, puisque, grâce aux progrès de la médecine réalisés ces dernières années, on réussit à sauver plus de vies sur le champ de bataille. Aurions-nous donc dû prévoir des ressources additionnelles pour répondre au volume supérieur de besoins complexes dans l’avenir? N’aurait-il pas fallu qu’on considère les soins fournis aux vétérans après la mission comme une priorité en matière de sécurité nationale dès les premiers stades de la planification?

Nous entendons presque tous les jours dans les médias des reportages sur les façons dont les programmes de soutien et les avantages offerts aux vétérans ne répondent pas aux besoins des vétérans qui ont servi en Afghanistan ou dans d’autres conflits récents. En outre, on soulève souvent des préoccupations concernant la capacité actuelle et future du gouvernement à traiter le volume et la complexité des besoins des vétérans qui sont le résultat des opérations de haute intensité menées par les Forces armées canadiennes ces vingt dernières années. À mon avis, le niveau élevé de frustration ressenti actuellement par la communauté des vétérans au sujet des avantages et des services pourrait être considérablement réduit si un soutien adéquat était fourni aux vétérans à titre de priorité nationale. Les vétérans se sont battus pour leur pays; ils ne devraient pas avoir à se battre pour obtenir le soutien dont ils ont besoin et qu’ils méritent.

Que peut-on faire pour améliorer la situation?

Je pense qu’il faut commencer par voir le soutien des vétérans et le traitement de leurs problèmes comme faisant partie intégrante du continuum de la sécurité nationale. Ensuite, nous devons démontrer concrètement aux membres et aux vétérans actuels et futurs des Forces armées canadiennes que nous sommes résolus à joindre le geste à la parole en suscitant des changements importants pour les vétérans et leur famille. Dans mon rapport sur la Nouvelle Charte des anciens combattants, j’ai expliqué en détail ce qui doit être fait : améliorer la sécurité du revenu après l’âge de 65 ans, combler les pertes de revenus durant la transition à la vie civile, améliorer l’accès aux allocations offertes aux vétérans atteints des invalidités les plus graves, assouplir les services de réadaptation et d’assistance professionnelles et améliorer le soutien aux familles. De plus, nous devons inculquer à la population canadienne et au gouvernement du Canada l’obligation morale de prévoir le soutien des vétérans dans toutes les lois pertinentes, notamment la Nouvelle Charte des anciens combattants.

Si nous pouvons mettre un nouvel hélicoptère en service, à court préavis, dans un pays lointain malgré tous les détails complexes que cela entraîne, sûrement nous sommes capables de régler les questions touchant les vétérans.

En tant que pays, nous pouvons nous permettre de le faire. En tant que pays, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas le faire.

Guy Parent

 


[1] Public Act, 43 Elizabeth I, chapitre 3, article 8 [traduction]. Parlement du Royaume-Uni.

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