La recherche et l'analyse fondée sur des données probantes peuvent façonner les politiques publiques relatives aux vétérans

Ottawa (Ontario) - Le 29 octobre 2015

Ce texte a été écrit par Guy Parent, l’ombudsman des vétérans, et publié dans l'édition de novembre 2015 du Journal of Military, Veteran and Family Health (publication disponible en anglais seulement).

Éclairer les gens en faisant lumière sur les faits est d’une importance capitale. Des faits mis en évidence à la suite d’une recherche rigoureuse et d’une analyse fondée sur des données probantes soulèvent et orientent les débats. Ils accroissent le pouvoir des citoyens et favorisent leur engagement auprès du gouvernement. Ces effets combinés sont difficiles à ignorer, et cela crée les conditions nécessaires pour façonner les politiques publiques.

Mon entrée en fonction en tant qu’ombudsman des vétérans a coïncidé avec la naissance de l'Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans (ICRSMV). En fait, le premier événement auquel j'ai assisté, après avoir été nommé ombudsman des vétérans le 11  novembre 2010, fut l'inauguration du Forum de recherche sur la santé des militaires et des vétérans à Kingston (Ontario), organisé par l'université Queen’s et le Collège militaire royal du Canada. Au terme du forum, l'idée de créer l'ICRSMV avait pris forme. Sous la direction de la Dre Alice Aiken et de la Dre Stéphanie Bélanger en 2010-2011, les membres du forum ont rapidement commencé à mobiliser les ressources de recherche universitaire à l'échelle du Canada pour combler les lacunes de la recherche nationale portant sur la santé du personnel militaire canadien, des vétérans et de leurs familles.

À peu près au même moment, mon équipe et moi au Bureau de l’ombudsman des vétérans (BOV) avons décidé d'adopter une approche en deux étapes pour aborder les enjeux systémiques d'inégalité envers les vétérans et leurs familles. La première étape comprenait la recherche, la collecte de données et la publication d'un examen des données et des renseignements disponibles sur un enjeu systémique particulier, y compris des renseignements parfois difficiles à obtenir pour une personne à l'extérieur de la sphère gouvernementale. La deuxième étape consistait en la publication d’un rapport, accompagné de recommandations solidement appuyées par la recherche et l’analyse fondée sur des données probantes.

Cette approche s’appuyait sur le principe selon lequel seuls les faits peuvent écarter les suppositions divisant souvent les vétérans et leurs familles, les organismes de vétérans, les autres intervenants et Anciens Combattants Canada (ACC). En fournissant d'abord à tous les intervenants la même information que le BOV a utilisé comme point de départ dans un examen pour mener son analyse et ensuite formuler ses recommandations dans le rapport qui suit, nous espérions sensibiliser les intervenants et mettre en place les conditions nécessaires à la tenue d’un débat éclairé. De cette façon, une fois le rapport publié, l’attention porterait sur l'analyse et les recommandations d’améliorations puisque les données avaient déjà été présentées et fait l'objet de discussions.

Nous avons mis en pratique cette approche pour la première fois en 2012 en prévision de l’examen parlementaire de la Nouvelle Charte des anciens combattants (NCAC). Avant de publier Amélioration de la Nouvelle Charte des anciens combattants : l’examen parlementaire, nous avons entamé des recherches et des consultations étendues, sachant que nous devions présenter des faits pour aider les divers intervenants à trouver un terrain d’entente. Après la publication de notre examen au printemps 2013, le modèle est rapidement devenu le fondement de toutes les analyses et des discussions sur le sujet.

L’examen a été suivi, en août 2013, de notre rapport Investir dans la formation professionnelle des anciens combattants puis du rapport Amélioration de la Nouvelle Charte des anciens combattants : le rapport en octobre 2013, présentant des recommandations fondées sur des données probantes qui visaient à combler les lacunes dans trois secteurs de programme de la NCAC : le soutien financier, la réadaptation et l’assistance professionnelles, et le soutien aux familles. De plus, pour la toute première fois, nos recommandations étaient appuyées par une analyse actuarielle qui avait comparé les avantages financiers de la Loi sur les pensions avec ceux de la NCAC et énonçait précisément en quoi la Nouvelle Charte ne convenait pas aux vétérans.

Nos efforts et la détermination de l’ensemble de la collectivité des vétérans à soumettre l’intégralité de la NCAC à un examen parlementaire ont donné lieu à une intervention du gouvernement du Canada à l’automne 2013, suivie du début de la révision complète de la Charte par le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes. En publiant notre recherche et en associant nos recommandations à une analyse fondée sur des données probantes, nous avons été en mesure de façonner les politiques publiques.

Trois ans après que nos efforts eurent été entamés, le gouvernement a apporté des changements importants à la NCAC. Ceux-ci tenaient compte de nos nombreuses préoccupations associées à la pertinence, à la suffisance et à l’accessibilité des avantages. Bien que je ne prétende pas que ces résultats découlent uniquement du travail du BOV, car de nombreux autres intervenants poursuivaient le même objectif, je crois que notre travail a orienté le débat et créé un terrain d’entente. Ceci a permis à de nombreuses voix de travailler ensemble dans un esprit de collaboration. Quand les intervenants ont eu les faits et l’analyse en mains, ils ont commencé à créer un message commun, et le discours a pris un autre tournant. Le débat est passé de ce qu’il fallait faire à comment il fallait s’y prendre pour effectuer le changement. On ne se disputait plus sur les faits. (Pour obtenir plus de détails sur mon expérience, veuillez lire Mes cinq années en tant qu’ombudsman des vétérans : Réduire l'écart pour les vétérans et leur famille.)

Aujourd'hui, le réseau pancanadien de partenaires universitaires de l'ICRSMV jouit d'une position et d'une influence uniques qui ont un effet réel et positif sur la vie des vétérans et de leur famille. Le défi consiste toutefois à mener plus d'analyses fondées sur des données probantes et des recherches canadiennes sur les questions qui préoccupent les militaires, les vétérans et leur famille. Malheureusement, il arrive souvent que des résultats de recherches et d'analyses menées à l'étranger soient considérés comme applicables au Canada, sans faire la distinction, mais nous devons bien comprendre le contexte canadien pour trouver des solutions canadiennes aux problèmes canadiens.

Au cours des trois prochaines années, mon bureau entend poursuivre plusieurs initiatives auxquelles la recherche et l’analyse fondée sur des données probantes seront nécessaires pour orienter notre travail. Ces initiatives porteront sur les besoins des vétérans en matière de soins de santé, le soutien aux familles des vétérans, les programmes et les avantages à l’intention de la Gendarmerie royale du Canada, les répercussions non financières afin de compenser la douleur et la souffrance, la transition de la vie militaire à la vie civile, et la prestation de services axés sur les vétérans. Nous accepterons très volontiers de partager avec vous nos résultats de recherche et d'analyse fondée sur des données probantes et espérons que vous serez ouverts à une relation réciproque en matière d'échange de renseignements.

À mon avis, l’ICRSMV joue un rôle de leadership essentiel dans l’exposition des faits. Il est important que le Canada continue d’accroître l’ensemble de ses connaissances sur les vétérans et leur famille et qu’il aille au-delà de cet objectif afin de produire de nouvelles connaissances. Nous avons également approfondi notre compréhension de l’ensemble du spectre des questions entourant les vétérans pour mieux cerner les liens qui les unissent. Nous pouvons ainsi établir une bonne fondation en créant dès maintenant des liens solides et durables.

L'importance de notre investissement dans les vétérans ne devrait jamais être sous-estimée. Cet investissement fut l'un des principaux moteurs ayant permis de stimuler et de reconstruire la société canadienne après la Seconde Guerre mondiale. De nombreux avantages sociaux que nous tenons pour acquis aujourd’hui découlent des avantages offerts aux anciens combattants canadiens, y compris les soins de santé universels, le recyclage professionnel, les programmes de logement de la Société canadienne d'hypothèques et de logement, les prêts d’aide au développement des entreprises, l’aide juridique financée par les fonds publics, le soutien du revenu aux personnes démunies et les soins à domicile. En effet, de nos jours, l’investissement dans nos vétérans demeure l’investissement le plus profitable qui a une incidence sur le tissu socio-économique de notre main d’œuvre et de nos collectivités. Plus nous permettons aux vétérans de transférer leurs compétences en leadership et leurs compétences militaires dans leur emploi civil et dans leur vie, mieux nous nous portons comme pays.

Lorsque nous considérons le rôle qu’ont joué les avantages destinés aux vétérans après la Seconde Guerre mondiale « en élargissant considérablement l’infrastructure universitaire du pays » tel que l’a souligné Peter Neary, Ph. D., président du Conseil consultatif sur les Forces canadiennes d’ACC, dans la publication Les origines et l’évolution des avantages offerts aux anciens combattants au Canada, 1914-2004, il n’y a rien de mieux pour commémorer le sacrifice de nos vétérans que de mener des recherches et des analyses qui permettront d’améliorer la santé des vétérans et de leur famille, leur qualité de vie et les soins qui leur sont offerts.

Alors, n’hésitez pas à continuer de mettre les faits en évidence!

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