Entrevue avec Daniel Lafontaine - Récipiendaire de la mention élogieuse de 2017

 

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Transcription

Quel est l'élément le plus valorisant du travail que vous accomplissez au nom des vétérans et leurs familles?

Ce qu’il y a de plus valorisant, c’est de pouvoir aider ceux qui sont dans le besoin, surtout le vétéran, mais aussi les familles et les enfants. Comme je disais dernièrement à l’un de mes amis, ce que je trouve le plus gratifiant, ce n’est pas de recevoir aucune des mentions et autres dans ma vie, mais d’avoir un frère d’armes ou une sœur d’armes qui vient te donner une caresse et te chuchoter à l’oreille : « Merci. Merci de m’avoir gardé en vie. Merci [d’avoir fait en sorte] que mes enfants puissent avoir un père ou une mère. » Donc ça, c’est vraiment quelque chose qui est plus valorisant qu’autre chose dans la vie. C’est sûr qu’on en perd en chemin, mais on essaie de faire du mieux qu’on peut. Moi, c’est ma raison de vivre. J’ai fait une tentative de suicide en 2009. J’ai eu cette aide ou ce support là, parce qu’on aime mieux utiliser le mot « support », le terme qu’on utilise auprès des militaires. Je pourrais vous dire que je redonne au suivant. Ce que j’ai reçu dans la vie, je veux le redonner malgré mes douleurs et mes peines. Je crois sincèrement que je suis rendu à l’étape d’être capable de m’aimer. Je m’aime beaucoup plus maintenant comparativement à avant, donc je veux donner cet amour aux autres vétérans, aux familles et aux enfants. C’est vraiment ça. On a le « fonfon hug », que je propage tellement que les gens trouvent cela drôle, mais je crois sincèrement que c’est important d’avoir cette proximité là, humaine, que nous n’avons plus présentement dans notre société, surtout chez les vétérans.

Quelle est la prochaine étape?

La prochaine étape est de m’occuper de l'itinérance chez nos vétérans. Nous avons une grosse lacune à ce niveau, mais nous avons aussi un beau travail qui se fait présentement. Je te dirais que dans la région de Québec, nous avons réglé pas mal tous les problèmes au niveau de l’itinérance. On fait beaucoup de prévention. Maintenant, on est en train de s'attarder à Montréal. Même si je viens de la ville de Québec, Montréal est vraiment une priorité pour nous. Je travaille présentement avec le colonel honoraire Steve Gregory, qui est vraiment un homme exceptionnel, que je suis prêt à suivre pas à pas avec le programme de la fondation RESPECT. Nous avons justement érigé un monument il y a deux jours à Montréal, dans le coin de Kirkland. Je veux vraiment continuer dans cette direction là. Et le deuxième aspect est de reprendre ce que j’avais laissé derrière en 2013, ce qu’on appelle « La journée des gardiens de la paix », le 9 août. Donc la cérémonie à la chandelle en hommage aux gardiens de la paix canadiens. Tant qu’à moi, c’est quelque chose d’important… et qu’on puisse aussi ajouter nos gens de l'Afghanistan là dedans parce qu’ils n’ont pas de journée spéciale pour eux, et lorsqu’on parle de gardiens de la paix, ça touche tout le monde, en tout et partout. C’est donc les deux aspects que je travaille dessus très fort, sans oublier aussi ma « job » de père aidant avec la SSPSO, comme bénévole. Le bénévolat fait partie de ma vie. Le bénévolat envers mes frères et sœurs d’armes fait partie de ma vie. Sans eux, je ne serais pas là. Si je n’étais pas là, eux ne seraient pas là. Donc, c’est un « give and take » comme on dit, et en même temps, si ce n’était pas d’eux et de mes enfants, je ne serais pas ici aujourd’hui pour vous témoigner de tout ce qu’on fait présentement. Il y a toujours une équipe derrière ça. Oui, on reçoit une mention élogieuse, mais je crois sincèrement que tous les gens qui travaillent avec moi font partie de cette mention élogieuse là. Je pourrais te nommer un paquet de gens autour de moi. C’est très important. Je ne peux pas faire tout seul toutes ces choses là. Je le fais au nom de mes vétérans, mes sœurs et frères d’armes, des enfants, des conjoints et conjointes qui souffrent interminablement dans le silence, mais que l’on est en train de vraiment leur redonner ce goût à la vie. Comme je leur dis : « merci ». Je vous envoie tous mon câlin à la « fonfon », comme je disais tantôt, le « fonfon hug ». Je vous aime fort, fort. Une chose qui est importante, c’est la résilience et la persévérance de continuer, parce que ça vaut la peine de vivre. Ça vaut la peine de voir nos petits-enfants grandir, nos enfants grandir et même nos parents. C’est important de trouver quelque chose dans votre vie qui va devenir votre thérapie à vous. C’est important de continuer à se battre. La vie vaut vraiment la peine d’être vécue.

Merci, M. Lafontaine!

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